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...Par Études Géotechnique
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Conception Détaillée : Mur Terre Armée

Titre Outil

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Conception d'un Soutènement en Terre Armée®

Contexte : Stabilisation d'un remblai routier de grande hauteur.

La Terre ArméeMatériau composite inventé par Henri Vidal, associant un remblai compacté (compression) et des armatures (traction). est une technologie majeure du génie civil moderne. Contrairement à un mur poids classique en béton qui résiste par sa masse propre, un massif en Terre Armée fonctionne comme un matériau composite cohérent grâce à l'interaction sol-armature.

Dans cet exercice complet, nous allons dimensionner la stabilité interne d'un ouvrage de soutènement vertical de 6 mètres de haut. Nous nous placerons dans le cas d'un remblai horizontal, drainé, sans surcharge d'exploitation, pour bien isoler les mécanismes fondamentaux de la mécanique des sols (frottement et cohésion apparente).

Remarque Pédagogique : Cet exercice mobilise les concepts clés de l'Eurocode 7 (Calcul Géotechnique) : états limites ultimes (ELU), équilibre de Rankine et résistance des matériaux (acier).


Objectifs Pédagogiques

  • Comprendre le mécanisme de transfert de charge par frottement entre le sol granulaire et les inclusions.
  • Maîtriser le calcul du coefficient de poussée des terres \(K_{\text{a}}\) selon la théorie de Rankine.
  • Savoir évaluer les contraintes géostatiques (verticales et horizontales) à n'importe quelle profondeur.
  • Dimensionner les armatures métalliques pour éviter la rupture par traction (Stabilité Interne).

Données de l'étude

On étudie une section courante de mur en Terre Armée. Le parement est constitué d'écailles en béton cruciformes standard.

Paramètres Géotechniques et Structurels
ParamètreSymboleValeurUnité
Hauteur totale du mur\(H\)6.0m
Poids volumique du remblai\(\gamma\)18kN/m³
Angle de frottement interne\(\phi\)30degrés (°)
Cohésion du sol\(c\)0kPa
Espacement Vertical des lits\(S_{\text{v}}\)0.75m
Espacement Horizontal\(S_{\text{h}}\)1.0m
Largeur de l'armature\(w\)50mm
Coupe Transversale du Mur
Remblai compacté (γ=18, φ=30°) Armatures (Inclusions) Hauteur H = 6m
Questions à traiter
  1. Calculer le coefficient de poussée active \(K_{\text{a}}\) selon Rankine.
  2. Déterminer la contrainte verticale effective \(\sigma'_{\text{v}}\) à \(z = 4\) m de profondeur.
  3. En déduire la contrainte horizontale \(\sigma'_{\text{h}}\) à cette profondeur.
  4. Calculer l'effort de traction \(T\) repris par une armature à cette profondeur.
  5. Vérifier la section d'acier nécessaire (Sécurité à la rupture).

Les bases théoriques

Le dimensionnement d'un mur mécaniquement stabilisé repose sur deux vérifications principales : la stabilité externe (renversement, glissement global) et la stabilité interne (rupture de l'armature ou défaut d'adhérence). Nous traitons ici la stabilité interne.

1. État Limite de Poussée (Rankine)
Le sol exerce une pression latérale sur le mur car il tend naturellement à s'affaisser sous son propre poids. Pour un sol horizontal sans surcharge, le rapport entre contrainte horizontale et verticale est donné par \(K_{\text{a}}\). Ce coefficient dépend uniquement de l'angle de frottement interne \(\phi\).

Coefficient de Poussée Active

\[ K_{\text{a}} = \tan^2\left(45^\circ - \frac{\phi}{2}\right) \]

2. Contraintes Géostatiques
À une profondeur \(z\), le sol subit le poids des couches supérieures. C'est la contrainte verticale \(\sigma'_{\text{v}}\). La contrainte horizontale \(\sigma'_{\text{h}}\), qui sollicite le parement et les armatures, en est directement dérivée.

Lois de Contrainte

\[ \sigma'_{\text{v}} = \gamma \cdot z \quad \text{et} \quad \sigma'_{\text{h}} = K_{\text{a}} \cdot \sigma'_{\text{v}} \]

3. Effort de Traction dans l'armature
L'armature agit comme un tirant. Elle doit reprendre la force de poussée qui s'exerce sur sa "zone d'influence" (surface tributaire), définie par les espacements verticaux \(S_{\text{v}}\) et horizontaux \(S_{\text{h}}\).

Traction Maximale

\[ T_{\text{max}} = \sigma'_{\text{h}} \cdot S_{\text{v}} \cdot S_{\text{h}} \]

Correction : Conception d'un Soutènement en Terre Armée

Question 1 : Calcul du coefficient de poussée active \(K_{\text{a}}\)

Principe

Le coefficient de poussée active, noté \(K_{\text{a}}\), est la clé de voûte du dimensionnement. Il traduit mathématiquement l'état de rupture imminent du sol. Imaginez le sol comme un empilement de grains. Lorsqu'un mur se déplace légèrement vers l'extérieur, le sol se détend horizontalement. Cette décompression mobilise le frottement inter-granulaire : les grains s'accrochent les uns aux autres. \(K_{\text{a}}\) quantifie cette réduction de pression due au frottement interne \(\phi\).

Mini-Cours

Théorie de Rankine (1857) : C'est la méthode utilisée ici. Elle suppose que le sol est en équilibre plastique (rupture) partout. Elle fait l'hypothèse que le mur est parfaitement lisse et que la surface du terrain est plane.

Remarque Pédagogique

Il est crucial de distinguer les trois états du sol :

  • État Actif (\(K_a\)) : Le mur s'éloigne du sol (le cas ici). Poussée minimale.
  • État au Repos (\(K_0\)) : Le mur est rigide et immobile (ex: sous-sol de bâtiment). Poussée intermédiaire.
  • État Passif (\(K_p\)) : Le mur pousse contre le sol (ex: butée d'un pont). Résistance maximale du sol.
Normes

Conforme à l'Eurocode 7 et à la norme NF P 94-270.

Formule(s)

Expression analytique de Rankine

\[ K_{\text{a}} = \tan^2\left(45^\circ - \frac{\phi}{2}\right) \]

Cette formule dérive directement de la géométrie du cercle de Mohr à la rupture.

Hypothèses

La validité de ce calcul repose sur :

  • Remblai homogène et isotrope.
  • Surface libre horizontale (\(\beta = 0\)).
  • Mur vertical lisse.
  • Absence de cohésion (\(c = 0\)).
Donnée(s)
ParamètreValeur
\(\phi\) (Angle de frottement)30°
Astuces

Mémorisation : L'angle de 30° est omniprésent dans les exercices académiques et correspond à un sable moyen standard. Pour cet angle, retenez impérativement que \(K_a = 1/3\) et \(K_p = 3\).

Plan de Rupture Théorique
Angle = 45° + φ/2 = 60° Prisme de rupture
Calculs Détaillés
1. Calcul de l'angle intermédiaire

On commence par déterminer l'angle géométrique du plan de glissement. Nous injectons la valeur \(\phi = 30^\circ\) dans la partie angulaire de la formule :

\[ \begin{aligned} \text{Angle} &= 45^\circ - \frac{30^\circ}{2} \\ &= 45^\circ - 15^\circ \\ &= 30^\circ \end{aligned} \]

L'angle intermédiaire que nous allons utiliser est donc de 30°.

2. Application de la tangente

Nous appliquons maintenant la fonction tangente à cet angle de 30°. En trigonométrie, \(\tan(30^\circ)\) est une valeur remarquable :

\[ \begin{aligned} \tan(30^\circ) &= \frac{\sin(30^\circ)}{\cos(30^\circ)} \\ &= \frac{0.5}{\frac{\sqrt{3}}{2}} \\ &= \frac{1}{\sqrt{3}} \approx 0.577 \end{aligned} \]

Cette valeur de 0.577 correspond au ratio de frottement mobilisé.

3. Élévation au carré (Formule de Rankine)

La formule de Rankine exige d'élever cette tangente au carré. C'est ici que l'approximation devient une fraction exacte :

\[ \begin{aligned} K_{\text{a}} &= (\tan(30^\circ))^2 \\ &= (0.577...)^2 \\ &= \left(\frac{1}{\sqrt{3}}\right)^2 = \frac{1}{3} \\ &\approx 0.333 \end{aligned} \]

Nous obtenons une fraction exacte de 1/3. C'est ce coefficient que nous utiliserons pour réduire les pressions.

Visualisation du Coefficient
Pression VERTICALE 100% x 0.33 Poussée LATÉRALE
Réflexions

Le résultat \(K_{\text{a}} = 0.333\) signifie concrètement que le sol "dissipe" 67% de la contrainte verticale grâce à ses frottements internes. Seuls 33% sont transmis horizontalement au parement.

Points de vigilance

Attention aux sols argileux : Si le remblai contient de l'argile, l'angle \(\phi\) peut chuter à 20° ou moins. Dans ce cas, \(K_{\text{a}}\) monterait à 0.49, augmentant les efforts de 50% ! C'est pour cela que les normes interdisent souvent les sols argileux en Terre Armée.

Points à Retenir
  • La formule de Rankine pour un sol horizontal est \(K_{\text{a}} = \tan^2(45-\phi/2)\).
  • Ce coefficient est toujours inférieur à 1 pour les sols (c'est un coefficient "réducteur").
  • Il est intrinsèque au matériau : on ne peut le changer qu'en changeant le sol.
Le saviez-vous ?

Le terme "Rankine" vient de William John Macquorn Rankine, un ingénieur écossais du 19ème siècle. En plus de la mécanique des sols, il a été l'un des pères fondateurs de la thermodynamique (d'où l'échelle de température Rankine).

FAQ
Peut-on avoir un Ka négatif ?

Non, physiquement impossible. Cependant, si l'on prend en compte une très forte cohésion \(c\) dans la formule complète de Bell (\(\sigma_{\text{h}} = K_{\text{a}} \sigma_{\text{v}} - 2c\sqrt{K_{\text{a}}}\)), on peut trouver une contrainte négative en surface. Cela signifie que le sol tient tout seul (fente de traction), mais on néglige cet effet par sécurité.

Coefficient \(K_{\text{a}}\) retenu = 0.333

A vous de jouer
Si on utilisait un gravier concassé très performant avec \(\phi=45^\circ\), quel serait le nouveau coefficient \(K_{\text{a}}\) ?

📝 Mémo Rapide
\(\phi = 30^\circ \rightarrow K_{\text{a}} \approx 0.33\)
\(\phi = 35^\circ \rightarrow K_{\text{a}} \approx 0.27\)
\(\phi = 40^\circ \rightarrow K_{\text{a}} \approx 0.22\)


Question 2 : Contrainte verticale effective \(\sigma'_{\text{v}}\) à \(z=4\)m

Principe

La contrainte verticale correspond au poids de la colonne de sol au-dessus du point considéré. C'est la pression lithostatique.

Mini-Cours

Le Postulat de Terzaghi : Dans un sol saturé d'eau, la charge totale est supportée en partie par le squelette solide (contrainte effective \(\sigma'\)) et en partie par l'eau (pression interstitielle \(u\)).
La formule est : \(\sigma = \sigma' + u\) donc \(\sigma' = \sigma - u\).
Seule la contrainte effective \(\sigma'\) génère du frottement et de la résistance. Ici, le sol est supposé drainé (pas d'eau sous pression), donc \(u=0\) et la contrainte effective est égale à la contrainte totale (\(\sigma' = \sigma\)).

Remarque Pédagogique

On suppose ici que le sol est homogène, c'est-à-dire que son poids volumique \(\gamma\) est constant sur toute la hauteur.

Normes

L'Eurocode 7 (NF EN 1997-1) exige de calculer les charges permanentes (poids des terres) avec des coefficients partiels \(\gamma_G\). Pour une vérification à l'ELU (État Limite Ultime) de type "STR" (Structure), on majorerait souvent le poids des terres par 1.35. Pour simplifier la compréhension physique dans cet exercice, nous calculons les contraintes à l'ELS (État Limite de Service) sans pondération (\(\gamma_G = 1.0\)).

Formule(s)

Pression Géostatique

\[ \sigma'_{\text{v}} = \gamma \times z \]
Hypothèses

Nous validons les conditions suivantes :

  • Sol homogène : La densité est la même de 0 à 6m (pas de couches différentes).
  • Pas de nappe phréatique : Le sol n'est pas immergé (sinon la poussée d'Archimède réduirait le poids efficace).
  • Pas de surcharge : Aucune route ou bâtiment n'appuie sur la surface du remblai pour l'instant.
Donnée(s)
ParamètreValeurUnitéSignification
Poids volumique \(\gamma\)18kN/m³Densité du sol (~1.8 t/m³)
Profondeur cible \(z\)4mDistance depuis la surface
Astuces

Ordre de grandeur : En géotechnique, on retient souvent que la pression augmente de 20 kPa par mètre de profondeur (pour un sol saturé \(\gamma \approx 20\)). Avec un sol sec à 18, on est juste en dessous. Si vous trouvez 2000 kPa à 4m, c'est qu'il y a une erreur !

Colonne de Chargement
Poids γ z=4m Pres. = 72 kPa
Calculs Détaillés
1. Analyse dimensionnelle

Vérifions d'abord la cohérence des unités. On multiplie une densité volumique (Force par unité de Volume) par une longueur (Profondeur) :

\[ \begin{aligned} \text{Unité} &= \frac{\text{kN}}{\text{m}^3} \times \text{m} \\ &= \frac{\text{kN}}{\text{m}^2} = \text{kPa} \end{aligned} \]

Le résultat sera bien en kiloPascals (Force par unité de Surface).

2. Calcul numérique

On effectue le produit de la densité du sol (\(\gamma = 18\)) par la profondeur de calcul (\(z = 4\)) :

\[ \begin{aligned} \sigma'_{\text{v}} &= 18 \times 4 \\ &= 72 \text{ kPa} \end{aligned} \]

Nous obtenons une contrainte verticale de 72 kPa. Cela signifie qu'à 4 mètres de profondeur, chaque mètre carré de sol supporte une charge équivalente à 7,2 tonnes.

Représentation Graphique
z=4m 72 kPa Diagramme σv(z)
Réflexions

Une pression de 72 kPa est considérable. Pour visualiser, cela correspond au poids de 7 petites voitures empilées sur 1 m². C'est cette force verticale massive qui va être partiellement déviée horizontalement pour solliciter notre mur.

Points de vigilance

Effet de l'eau : Si le niveau de la nappe phréatique était à 2m de profondeur, le calcul changerait radicalement.
Pour \(z > 2m\), la contrainte effective augmenterait beaucoup moins vite car la poussée d'Archimède "soulagerait" le poids des grains (\(\gamma' \approx 10\) au lieu de 18).
Mais attention ! L'eau ajouterait sa propre pression (hydrostatique) sur le mur, qui est souvent bien pire car \(K_{\text{eau}} = 1\). C'est pourquoi le drainage est vital.

Points à Retenir
  • La contrainte verticale est le moteur de la poussée. Sans poids, pas de poussée.
  • Elle varie linéairement avec la profondeur dans un sol homogène.
  • L'unité standard est le kPa (kiloPascal).
Le saviez-vous ?

La pression atmosphérique moyenne au niveau de la mer est de 101.3 kPa. Paradoxalement, à 4m de profondeur sous terre (72 kPa), la pression exercée par le sol est encore inférieure à la pression de l'air qui nous entoure ! (Bien sûr, la pression absolue sous terre serait 101.3 + 72).

FAQ
Et si on construit une route dessus ?

On ajoute une surcharge d'exploitation \(q\) (généralement 10 à 20 kPa pour le trafic routier). La contrainte devient \(\sigma'_{\text{v}} = \gamma z + q\). Le diagramme ne part plus de 0 mais de \(q\).

Contrainte Verticale Effective : 72 kPa

A vous de jouer
Quelle serait la contrainte tout au fond du mur (z=6m) ?

📝 Mémo
1 mètre de terre \(\approx\) 18-20 kPa de pression.


Question 3 : Contrainte horizontale \(\sigma'_{\text{h}}\) à \(z=4\)m

Principe

Le sol "veut" s'étaler. Le mur l'en empêche, subissant une pression latérale proportionnelle à la verticale.

Mini-Cours

Dans la théorie de l'élasticité (loi de Hooke), le rapport des contraintes dépend du coefficient de Poisson (\(\nu\)). Mais les sols ne sont pas élastiques à la rupture.
À la rupture (état limite de Rankine), les contraintes principales \(\sigma_1\) (verticale) et \(\sigma_3\) (horizontale) sont liées par le critère de rupture du matériau. La formule \(\sigma'_{\text{h}} = K_{\text{a}} \cdot \sigma'_{\text{v}}\) est l'expression simplifiée de ce critère de rupture pour un sol sans cohésion.

Remarque Pédagogique

C'est cette pression horizontale qui dimensionne tout le mur : l'épaisseur des écailles de béton, la section des armatures, et la longueur des armatures pour éviter le glissement.

Normes

La norme NF P 94-270 précise que la distribution des contraintes horizontales n'est pas toujours strictement linéaire (Rankine) en haut du mur, à cause des efforts de compactage lors de la construction. Cependant, pour un dimensionnement préliminaire ou académique (et pour les profondeurs > 1-2m), le modèle linéaire de Rankine est la référence.

Formule(s)

Transfert de charge latéral

\[ \sigma'_{\text{h}} = K_{\text{a}} \times \sigma'_{\text{v}} \]
Hypothèses

On suppose que :

  • Le sol est en équilibre limite actif (il a mobilisé tout son frottement).
  • Il n'y a pas de cohésion (c=0), sinon la formule serait \(\sigma'_{\text{h}} = K_{\text{a}} \sigma'_{\text{v}} - 2c\sqrt{K_{\text{a}}}\).
  • La pression interstitielle de l'eau est nulle.
Donnée(s)
ParamètreValeurSource
Coefficient \(K_{\text{a}}\)0.333Calculé à la Question 1
Contrainte verticale \(\sigma'_{\text{v}}\)72 kPaCalculée à la Question 2
Astuces

Calcul mental : Puisque \(K_{\text{a}} = 1/3\), il suffit de diviser la contrainte verticale par 3. C'est une vérification immédiate et puissante pour éviter les erreurs de saisie.

Diagramme de Poussée Triangulaire
24 kPa (à 4m)
Calculs Détaillés
1. Application du coefficient réducteur

Nous utilisons la relation de Rankine. Nous multiplions la contrainte verticale (72 kPa) par le coefficient de poussée (0.333) calculé précédemment :

\[ \begin{aligned} \sigma'_{\text{h}} &= K_{\text{a}} \times \sigma'_{\text{v}} \\ &= 0.3333... \times 72 \text{ kPa} \end{aligned} \]
2. Résultat numérique

Le calcul revient à diviser 72 par 3 :

\[ \begin{aligned} \sigma'_{\text{h}} &= \frac{72}{3} \\ &= 24 \text{ kPa} \end{aligned} \]

La pression latérale exercée par le sol sur le mur à 4m de profondeur est donc de 24 kPa, soit trois fois moins que la pression verticale.

Résultat Poussée
24 kPa Pression Horizontale
Réflexions

La contrainte horizontale est 3 fois plus faible que la verticale. C'est le bénéfice direct d'avoir un angle de frottement de 30°. Si nous avions de l'eau (\(K_{\text{a}}=1\)), la pression horizontale serait de 72 kPa, soit trois fois plus forte ! Les murs de soutènement hydrauliques (barrages) doivent être beaucoup plus massifs que les murs de soutènement de terre pour cette raison.

Points de vigilance

Poussée de compactage : Lorsque l'on compacte le remblai avec des rouleaux vibrants lourds près du parement, on "force" le sol et on induit des contraintes horizontales résiduelles qui peuvent dépasser la théorie de Rankine en partie haute du mur. Les normes imposent parfois un \(K\) minimal de 0.5 sur les premiers mètres pour couvrir ce risque.

Points à Retenir

La distribution de la poussée est triangulaire : nulle en tête de mur, maximale en pied. C'est pourquoi on place souvent plus d'armatures en bas qu'en haut.

Le saviez-vous ?

Dans un silo à grain étroit, la pression horizontale ne suit plus cette loi linéaire et sature à partir d'une certaine profondeur à cause du frottement sur les parois latérales (Effet Janssen). Mais pour un mur de soutènement large comme une autoroute, la loi linéaire de Rankine reste valide.

FAQ
Est-ce que cette pression est constante ?

Non, comme elle dépend de z, elle est nulle en surface (z=0) et augmente linéairement jusqu'au pied du mur.

Contrainte Horizontale : 24 kPa

A vous de jouer
Si le sol était remplacé par de l'eau (\(K_{\text{a}}=1\)), combien vaudrait \(\sigma_{\text{h}}\) ?

📝 Mémo
Poussée = Poids / 3 (environ, pour \(\phi=30^\circ\)).


Question 4 : Effort de traction \(T\) dans l'armature

Principe

L'armature agit comme un tirant collectant la pression sur sa surface d'influence ("Surface Tributaire").

Mini-Cours

Surface Tributaire (\(A_{\text{trib}}\)) : C'est un concept fondamental en calcul de structure. On découpe la surface totale du mur en petits rectangles fictifs centrés sur chaque point d'attache.
La surface tributaire d'une armature est égale au produit de l'espacement vertical \(S_{\text{v}}\) (distance entre deux lits superposés) par l'espacement horizontal \(S_{\text{h}}\) (distance entre deux armatures côte à côte).
L'effort de traction est alors simplement : \(T = \text{Pression Locale} \times \text{Surface Tributaire}\).

Remarque Pédagogique

Imaginez un maillage ou un damier dessiné sur le mur. Chaque case du damier possède une armature en son centre qui doit retenir la poussée s'exerçant sur cette case unique.

Normes

La norme NF P 94-270 précise que cet effort de traction \(T\) maximal doit être calculé à l'État Limite Ultime (ELU). Cela impliquerait normalement de majorer la densité du sol par 1.35 et la surcharge par 1.5. Pour la clarté pédagogique, nous restons ici en valeurs caractéristiques (sans coefficients de majoration de charge), mais gardez à l'esprit qu'un calcul réel serait ~35% plus sévère.

Formule(s)

Force de Traction

\[ T = \sigma'_{\text{h}} \times (S_{\text{v}} \times S_{\text{h}}) \]
Hypothèses

Pour simplifier, nous posons :

  • La répartition des contraintes est uniforme sur la petite surface tributaire (approximation valide car \(S_{\text{v}}\) et \(S_{\text{h}}\) sont petits devant \(H\)).
  • L'armature reprend 100% de l'effort de sa zone (pas de redistribution des efforts vers les armatures voisines).
Donnée(s)
ParamètreValeurUnité
Espacement Vertical \(S_{\text{v}}\)0.75m
Espacement Horizontal \(S_{\text{h}}\)1.00m
Pression \(\sigma'_{\text{h}}\) (calculé Q3)24kPa (kN/m²)
Astuces

Vérification dimensionnelle : kN/m² × m × m = kN. Le résultat est bien une force (KiloNewton).

Concept de Surface Tributaire
Armature Sh = 1.0m Sv = 0.75m
Calculs Détaillés
1. Calcul de la surface tributaire

On calcule d'abord la surface du "damier" que l'armature doit retenir en multipliant les espacements verticaux et horizontaux :

\[ \begin{aligned} S_{\text{trib}} &= S_{\text{v}} \times S_{\text{h}} \\ &= 0.75 \text{ m} \times 1.0 \text{ m} \\ &= 0.75 \text{ m}^2 \end{aligned} \]

Chaque armature est donc "responsable" d'une surface de 0.75 m² de mur.

2. Calcul de la force totale

On multiplie la pression locale horizontale (24 kPa) par cette surface pour obtenir la force de traction :

\[ \begin{aligned} T &= \sigma'_{\text{h}} \times S_{\text{trib}} \\ &= 24 \text{ kN/m}^2 \times 0.75 \text{ m}^2 \\ &= 18 \text{ kN} \end{aligned} \]

Nous trouvons une force de traction de 18 KiloNewtons. C'est la force que l'acier doit encaisser.

Force de Traction dans la bande
T = 18 kN Accroche (Parement) Ancrage (Sol)
Réflexions

18 kN correspond au poids d'une voiture moyenne (1.8 tonnes) suspendue au bout de cette seule bande d'acier. C'est un effort conséquent pour une simple lame métallique de quelques millimètres d'épaisseur ! Cela justifie l'utilisation d'aciers à haute résistance.

Points de vigilance

Localisation du maximum : C'est l'effort maximal théorique. Dans la réalité des ouvrages en Terre Armée, le pic de traction ne se situe pas exactement au niveau du parement, mais légèrement en arrière, le long de la "ligne des tensions maximales" qui sépare la zone active de la zone résistante.

Points à Retenir

Pour réduire l'effort \(T\) par armature, on a deux leviers :
1. Utiliser un sol de meilleure qualité (plus frottant) pour baisser \(K_{\text{a}}\).
2. Réduire les espacements \(S_{\text{v}}\) et \(S_{\text{h}}\) (densifier le ferraillage).

Le saviez-vous ?

Dans les premiers ouvrages de Terre Armée (années 1960), on utilisait de la tôle lisse. Aujourd'hui, les armatures sont presque toujours crantées (nervurées) pour maximiser le frottement et empêcher le glissement, un peu comme les barres de béton armé.

FAQ
L'armature travaille-t-elle en cisaillement ?

Non, l'armature est souple et fine. Elle travaille essentiellement en traction pure. Le cisaillement vertical est repris par le frottement entre les couches de sol elles-mêmes.

Traction : 18 kN

A vous de jouer
Si on espaçait les armatures de 2m horizontalement (au lieu de 1m), quel serait l'effort ?

📝 Mémo
Force = Pression × Surface.


Question 5 : Vérification de la section d'acier

Principe

La dernière étape, et la plus critique pour la sécurité, consiste à vérifier que l'armature choisie est assez solide pour supporter l'effort \(T\) calculé précédemment sans rompre. C'est le critère de "Résistance Structurelle". On compare la contrainte réelle dans l'acier à sa capacité maximale (limite élastique).

Mini-Cours

Résistance des Matériaux (RDM) : L'acier a un comportement élastique linéaire jusqu'à une contrainte seuil appelée Limite Élastique (\(R_{\text{e}}\)).
Si la contrainte dépasse \(R_{\text{e}}\), l'acier s'allonge de manière irréversible (plasticité) et finit par casser. Pour un ouvrage de génie civil qui doit durer 100 ans, on dimensionne toujours pour rester confortablement dans le domaine élastique, loin de la rupture.

Remarque Pédagogique

Contrairement au béton qui casse brutalement, l'acier est ductile : il prévient avant de casser (il s'allonge). Mais dans un ouvrage enterré, on ne peut pas voir ces signes précurseurs. Le coefficient de sécurité doit donc être absolu.

Normes

Les normes (Eurocode 3 pour l'acier, Eurocode 7 pour la géotechnique) imposent l'usage de coefficients de sécurité partiels sur la résistance du matériau (\(\gamma_M\), souvent entre 1.10 et 1.25). De plus, on doit retrancher une épaisseur de corrosion (ex: 1mm par face) pour vérifier la section à long terme. Ici, nous calculons un facteur de sécurité global \(F_{\text{s}}\) sur la section initiale pour simplifier.

Formule(s)

Critères de sécurité

Charge de Rupture (Capacité)

\[ R_{\text{ultime}} = A_{\text{section}} \times R_{\text{e}} \]

Facteur de Sécurité

\[ F_{\text{s}} = \frac{R_{\text{ultime}}}{T_{\text{calcul}}} \]
Hypothèses

Nous supposons pour cet exercice :

  • Section pleine intacte (on néglige la réduction de section due aux trous de boulons au niveau de l'attache).
  • Acier de nuance standard (ex: S250).
  • Pas de corrosion (section initiale à t=0).
Donnée(s)
ParamètreValeurUnité
Dimensions armature50 x 3mm
Section armature \(A_{\text{s}}\)150mm²
Limite élastique \(R_{\text{e}}\)250MPa (N/mm²)
Effort appliqué \(T\)18kN
Astuces

Conversion magique : En RDM, rappelez-vous que 1 MPa = 1 N/mm². Donc si vous multipliez une section en mm² par une contrainte en MPa, vous obtenez directement une force en Newtons (N). Pas besoin de convertir en mètres !

Section Transversale de l'Armature
Largeur w = 50mm e=3mm Section = 150 mm²
Calculs Détaillés
1. Calcul de la résistance ultime

Nous calculons d'abord la force maximale que la section d'acier (150 mm²) peut supporter avant d'atteindre sa limite élastique (250 MPa) :

\[ \begin{aligned} R_{\text{ultime}} &= A_{\text{section}} \times R_{\text{e}} \\ &= 150 \text{ mm}^2 \times 250 \text{ N/mm}^2 \\ &= 37\,500 \text{ N} \end{aligned} \]

Pour faciliter la comparaison, nous convertissons ce résultat en KiloNewtons :

\[ R_{\text{ultime}} = 37.5 \text{ kN} \]
2. Calcul du facteur de sécurité

Nous divisons maintenant la capacité de la barre (37.5 kN) par l'effort réel qu'elle doit supporter (18 kN) :

\[ \begin{aligned} F_{\text{s}} &= \frac{R_{\text{ultime}}}{T_{\text{calcul}}} \\ &= \frac{37.5}{18} \\ &\approx 2.08 \end{aligned} \]

Le facteur de sécurité est de 2.08, ce qui est supérieur au minimum requis de 1.5. Le dimensionnement est donc correct.

Jauge de Sécurité
Fs = 1.0 2.08 SÉCURISÉ
Réflexions

Avec un facteur de sécurité supérieur à 2, nous sommes théoriquement très larges. Cependant, cette marge n'est pas du gaspillage : elle est indispensable. Elle sert de "réserve" pour compenser les aléas de chantier, les surcharges accidentelles, et surtout, la corrosion de l'acier qui va grignoter l'épaisseur de l'armature année après année.

Points de vigilance

La Corrosion est l'ennemi n°1 : Dans un sol agressif, on perd environ 12 à 15 microns d'acier par an et par face. Sur une durée de vie de 100 ans, cela représente une perte de 1.5mm par face, soit 3mm au total ! Notre armature de 3mm d'épaisseur disparaîtrait totalement. Il faudrait donc prévoir une épaisseur initiale beaucoup plus forte (ex: 5 ou 6mm) ou utiliser une galvanisation lourde.

Points à Retenir

Un facteur de sécurité \(F_{\text{s}} > 1.5\) est généralement le minimum absolu requis par les normes pour les ouvrages permanents à l'ELU.

Le saviez-vous ?

Les armatures synthétiques (géogrilles en polyester) sont insensibles à la corrosion, mais elles ont un autre talon d'Achille : le fluage (elles s'allongent lentement sous charge constante) et la dégradation par hydrolyse ou oxydation chimique.

FAQ
Que faire si Fs est trop faible ?

On a plusieurs leviers : augmenter la section de l'armature (plus large ou plus épaisse), augmenter la qualité de l'acier (passer en S355), ou réduire l'espacement vertical \(S_{\text{v}}\) pour réduire la charge que chaque armature doit porter.

Conclusion : La section est VALIDÉE (Fs = 2.08)

A vous de jouer
Si l'acier était deux fois moins résistant (\(R_{\text{e}}=125\)), la sécurité serait-elle suffisante aux yeux des normes ?

📝 Mémo
Toujours vérifier la corrosion.


Schéma Bilan de l'Étude

Synthèse des résultats pour l'armature critique située à z = 4m.

Niveau d'étude z=4m σh = 24 kPa Armature (50x3mm) Effort de Traction T = 18 kN Sécurité (Rupture) Fs = 2.08 ✅ Hauteur H = 6m

📝 Grand Mémo : Ce qu'il faut retenir

  • 🔑
    Rôle de φ : Plus le sol frotte (φ élevé), moins il pousse sur le mur (Ka faible).
  • 📐
    Poussée Active : La pression horizontale augmente linéairement avec la profondeur.
  • ⚠️
    Dimensionnement : On vérifie que la force de traction T est bien inférieure à la résistance de l'acier (Fs > 1.5).

🎛️ Simulateur Interactif

Modifiez la Hauteur du mur ou l'Angle de frottement pour voir l'impact sur la tension.

Paramètres
Coeff \(K_{\text{a}}\) :-
Tension Max (kN) :-

📝 Quiz de Validation

1. Si l'angle de frottement \(\phi\) augmente, la poussée...

2. Rôle principal des armatures ?

📚 Glossaire Géotechnique

Terre Armée
Technique de renforcement des sols par inclusion d'éléments résistants à la traction (armatures), inventée par Henri Vidal.
Rankine
Théorie des états limites de poussée (équilibre plastique) supposant un mur lisse et un sol sans cohésion.
Poussée Active (\(K_{\text{a}}\))
État de contrainte minimale du sol lorsqu'il se détend (le mur s'éloigne). C'est le cas favorable pour le dimensionnement.
Surface Tributaire
Zone de mur "gérée" par une seule armature. Calculée par le produit des espacements horizontal et vertical (\(S_{\text{h}} \times S_{\text{v}}\)).
Limite Élastique (\(R_{\text{e}}\))
Contrainte maximale que l'acier peut supporter sans se déformer de manière permanente (plastification). C'est la limite de sécurité.
Facteur de Sécurité (\(F_{\text{s}}\))
Ratio entre la capacité résistante (force max) et la charge appliquée. Il doit être supérieur à 1 (typiquement > 1.5) pour garantir la stabilité.
Adhérence
Frottement à l'interface sol/armature qui empêche l'armature de glisser hors du massif.
Module : Ouvrages de Soutènement - Terre Armée
Le Saviez-vous ?

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